Qui peut le moins peut le plus

On a coutume de dire « Qui peut le plus peut le moins ». Cet adage est très cohérent pour une comptabilité matérielle de l’existence. Si j’ai de l’essence pour faire 1000 km, j’en ai assez pour en faire 500. Ça marche.

Le problème, c’est que l’on applique cela pour à peu près tout dans notre existence. On assure, on s’assure du plus, même si on a besoin de moins, pour être sûr que cela va aller. Alors on accumule. Dans le frigidaire, dans l’estomac, dans le compte en banque, dans les plaisirs… on en veut toujours plus pour avoir ce qu’il nous faut. Et on prend l’habitude d’en prendre trop.

On pense que le meilleur conseil à donner à un adolescent pour son avenir c’est qu’il passe le Bac d’abord et de préférence un Bac S, comme cela il pourra choisir ce qu’il veut faire par la suite. Qui peut le plus peut le moins.

Sauf que ce qui s’applique à des choses matérielles ne fonctionne pas de la même manière avec de l’humain et du vivant. Avec la logique du plus d’abord, on brise des milliers d’enfants en les contraignant à un effort contre nature qui les épuise. Ils finissent leur secondaire comme des zombis sans la moindre idée de ce qu’ils ont envie de faire. Ils sont déprimés et désorientés, mais ils ont le choix ! Et puis cela continue. Ils sont usés à 18 ans, épuisé à 20 ans après avoir préparé des concours et en burn out à 23 ans par des études qui veut les éprouver ou les sélectionner. Cette logique de « Qui peut le plus peut le moins » appliquée au caractère de l’humain et à son développement, c’est un enfer. On s’imagine qu’en les poussant dans ces voies on les a protégés alors qu’on les abîme physiquement et moralement. Pour certains cela se termine par « Qui peut le plus n’en peut plus du tout ».

J’ai pris l’exemple des études, parce que j’observe ce sujet chez mes enfants pris dans un système où on les pousse à l’extrême, pour qu’ils soient « au top ». Et puis récemment je suis tombé sur une émission qui racontait le suicide d’étudiants en médecine qui n’en pouvaient plus et je me suis demandé ce que l’on faisait de cet amour et de ce désir d’aider les autres et d’apprendre que ces jeunes gens avaient en eux. Vouloir être médecin, cela commence par le désir d’aider les autres, de prendre soin d’eux. Cela commence par de l’amour. Que fait-on de cet amour quand un étudiant met fin à ces jours parce qu’il n’en peut plus? On pense qu’on aura les meilleurs médecins en leur demandant toujours plus. J’ai un doute.

Mais c’est notre culture, on croit que « Qui peut le plus peut le moins », alors il est toujours bénéfique d’en vouloir plus, d’aller plus loin, plus haut, plus fort. C’est dans nos gènes et on a du mal à envisager autre chose. Vous ne me croyez pas? Et bien projetez-vous juste dans cette possibilité : « Votre enfant qui est en première au lycée vous dit qu’il n’en peut plus, que ce n’est pas sa vie, qu’il veut arrêter les études pour faire le tour du monde. » Qu’est-ce qui se passe dans votre tête ? Vous lui dites « Passe ton bac d’abord, au moins après tu pourras faire ce que tu veux. » C’est la logique de « Qui peut le plus peut le moins ». Si si… Bon bien sûr on aime nos enfants et on veut les conseiller au mieux, on les protège, on prend soin d’eux. Et je ne le critique pas. Nos enfants ont besoin de nos conseils. Mais ce que l’on peut regarder, c’est que nos conseils vont toujours dans le même sens. Qui peut le plus peut le moins. Or dans le domaine de l’humain et de son bien-être, cela ne marche pas. Le plus peut finir en une overdose qui tue.

Récemment deux vidéos m’ont montré qu’en fait c’est peut-être l’inverse qui serait vrai en ce qui concerne le développement de l’humain, tant sur le plan de la santé physique que de la santé mentale et de l’équilibre de la vie émotionnelle.

La première est une vidéo de Guillaume Néry, champion du monde d’apnée. Lui, il respire moins, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela lui donne plus de bien-être et de santé !

L’autre vidéo est un extrait d’un reportage d’Arte sur le jeûne et le Cancer, et le moins que l’on puisse dire, c’est que moins de nourriture, cela donne plus de santé !

Voici ces deux vidéos. C’est un petit cadeau de vacances. Un petit moment de pause pour se rendre compte que notre hyperconsommation de tout est finalement peut-être un plus qui engendre beaucoup de moins, et que si nous voulons un peu plus de choses essentielles il peut être intéressant de penser à vivre avec un peu moins.
Un peu de sobriété heureuse pour les vacances, juste un peu ! Histoire d’avoir plus de santé, de joie et de bonne humeur !

Bonnes vidéos, bonnes vacances !

 

 

 

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Commentaire

Qui peut le moins peut le plus — 22 commentaires

  1. Joli article qui me rappelle beaucoup de souvenirs de lutte acharnée contre mes parents adeptes fervents de l’adage précédemment cité (il y a plus de 35 ans ; las, peu de choses ont changé).
    J’ai également beaucoup de peine pour ces bacheliers « qui peuvent le plus donc le moins » et les tous autres qui se retrouvent éjectés de l’orientation qu’ils aimeraient poursuivre à cause du système APB, scandale absolu.
    Tant qu’on continuera à construire l’Ecole autour des programmes, les hôpitaux autour des maladies, les entreprises autour de l’argent, etc. on sera toujours bien loin de l’humain.

  2. la balance, ni trop, ni trop peu, la juste mesure…. une ancienne sportive, toujours la compét pour tout le sport, les études, la meilleure en tout, quoi qu’on en dise c’est malgré tout une bonne expérience de dépassement, ca forge le mental, la médaille a ses reverts, échec et mat, vous voyez ce que je veux dire, alors un peu d’humilité ça fait pas de mal, et puis arrêter de se la raconter, se tempérer c’est gagné un petit peu de sagesse, être vraiment à l’écoute de ses besoins réels; L’obésité, par exemple, c’est une carapace pour ne pas sentir dit on, et bien il y a au fond une réelle souffrance que l’humain s’empresse d’étouffer. Notre Société souffre beaucoup car elle étouffe tout ce qui vis, y compris son corps; hors le corps est vivant, il est intelligent, si on écoutait ses réelles besoins, et non notre gourmandise, notre désir insatiable d’ avoir toujours plus, nous serions sans doute meilleur en tout; Regarder la pub, elle envoie sans cesse des messages pour acquérir toujours plus, acheter, acheter, consommer…. retour a l essentiel. Un grand SAGE disait : la spiritualité n’est pas pour l’homme qui mange trop, qui boit trop, qui dort trop etc… et à l’inverse qui mange trop peu, qui ne boit pas assez, qui ne dort pas assez… CET HONORABLE SAGE A VOULU DIRE LA VOIE DU JUSTE MILIEU EST PROFITABLE A LA SPIRITUALITE DE L’HUMAIN.
    BIEN A VOUS
    CHRISTY, UNE SOEUR QUI A FAIT LE CHOIX DU DEPOUILLEMENT

  3. « Le moins attire le plus »

    exemple: j’organise ma journée à Paris (j’habite en Province). Je me fais un emploi du temps serré…je veux du PLUS, rentabiliser mon déplacement !!!…finalement je vis tout au pas de course, pas de place pour le vécu de tous mes sens, je n’écoute ni ma voix intérieure ni les cadeaux de la vie…je rentre fatiguée voire frustrée !
    « Le moins attire le plus » : J’organise ma journée autour de deux grands sujets. Je les vis pleinement.Je fais place à l’imprévu, à ma voix intérieure et aux cadeaux de la vie.Je suis nourrie sur tous les plans.

    Qu’en dites-vous ?

  4. Cette vidéo m’a beaucoup touchée car j’ai vécu pendant 12 ans avec un plongeur en apnée, et… eh bien c’est tout de même quelque chose de très particulier que s’empêcher de respirer pour se sentir vivre plus intensément… Oui, malgré toute la philosophie qu’on peut y mettre, c’est… je ne sais pas… est-ce vraiment dans le courant de la vie ?
    Malheureusement, je n’ai jamais pu avoir de détails précis concernant la vie foetale de mon compagnon lorsque sa mère était enceinte de lui.
    Mais bon, c’est sûr que c’est une très belle transformation des choses.

    • Il ne s’empêche pas de respirer, il elargit sa respiration, il y a un intervale en l’inspir et l’expir, il prolonge cet intervale… La plupart de ces sportifs font du yoga et de la méditation, a un certain moment de la méditation, la respiration devient plus profonde et l’inspir et l’expir est a peine audible si j ose dire, elle se ralentit; Si vous faites corps avec l ‘eau, vous la sentez comme si vous respiriez une fleur, elle a une odeur, elle est douce comme la soie, d’une grande délicatesse, vous rentrez dans son rythme, dans sa danse, votre respir devient synchro avec elle, votre ami aime fusionner avec cet élément, voyez vous je medite souvent dans l’eau, même a la piscine tout en nageant , c’est incroyable comme on se sent heureux. Bien à vous CHRISTY

  5. Merci Tristan pour cet article et ces vidéos et les partages qui en découlent 🙂
    Cela fait directement échos aux échanges avec l’institutrice de mon fils en CE2 cette année, déroutée devant un petit garçon qui « rêve trop » ce qui nuirait à sa capacité de concentration et qui me dit lors d’un entretien. « Je ne peux quand même pas dire à un enfant qu’il rêve trop ?! » Et moi de lui dire : « on est dans une société dans laquelle la différence est traitée comme une pathologie et moi je ne suis pas d’accord pour considérer la différence comme une pathologie car c’est de cela que l’on a tous mal ».
    Comment permettre à un enfant de vivre dans le respect de sa nature profonde tout en lui permettant d’accéder aux codes de notre société?

    Et puis la deuxième remarque concerne la culture du plein versus la culture du vide. Nous sommes dans la culture du plein, si nous ne sous sentons pas plein – plein d’amour, plein de nourriture, plein d’objets, plein de tout et de rien -, alors nous nous sentons en manque. Nous sommes surtout en manque de nous même. Et faire le vide permet de nous remettre en plein de nous même, vide de nourriture, vide de parole, vide de bruit, vide de connexion, c’est dans ce silence que l’on retrouve la relation avec soi et avec le monde.

    Belle Pleine Lune à toutes et tous

  6. Merci tant Tristan Et Nathalie Et Suzy !

    Cela fait du bien d’entendre cette voix qui lance l’alerte pour une Vie heureuse responsable et fraternelle de nos jeunes. Car il semble que ce soit cela qu’ils souhaitent du fond du coeur (les bacheliers mention TB qui ont refusé leur bourse pour en faire don à plus vulnérables ) Ave. Une maturité !

    Soyons nombreux à porter votre cri du coeur !
    les jeunes apprécient ; je le constate également.merci pour cet article.

  7. Votre article est très discutable. Certes, il n’est jamais bon de pousser trop loin nos enfants jusqu’à l’épuisement. L’on en voit les conséquences au Japon.
    Cependant, je n’ai pas l’impression que nos enfants aient la tête trop pleine. Plutôt le contraire. Le niveau scolaire est très en deçà de ce qu’il fut.
    D’autre part, il faut bien reconnaître qu’un enfant est souvent partisan du moindre effort. Combien ont regretté, une fois adulte, de ne pas avoir poussé plus loin leurs études, alors qu’ils en avaient la capacité. Ils ont alors un sentiment de gâchis et d’être passé à côté de leur vie pour avoir choisi la facilité.
    Toute réussite demande un effort. Croyez-vous qu’un musicien, sortant du Conservatoire, n’a pas fourni de grands efforts, notamment pour apprendre le solfège, discipline très rébarbative, mais indispensable pour atteindre un certain niveau.
    La question est donc de savoir quel niveau l’adolescent veut atteindre. S’il n’a pas d’ambition, ou peu de capacité, alors oui, il est inutile de le pousser. Dans le cas contraire, il faut l’encourager à dépasser le stade de la paresse enfantine.
    Une récente étude montre que 20% de ns jeunes sont illettrés, c’est-à-dire incapable de comprendre ce qu’ils lisent avec peine. Croyez-vous qu’ils s’en sortiront mieux que ceux qui ont fait des études ?
    Je ne croie guère au surmenage des lycéens pour cause de travail scolaire. Il vaudrait mieux chercher dans le manque de sommeil dû à un excès de jeux vidéo ou de tchat sur les réseaux sociaux.

  8. Mon père a voulu que je saute le CE2 ( c’était il y a longtemps !). Il croyait que c’était trop facile pour moi. Non, c’était ni facile, ni pas facile, ça allait ! J’ai sauté le CE2 et suis passée d’une situation de « succès » à une situation d’échec. Voilà… Je pense effectivement que ce qui est important c’est d’être à l’aise, d’être en situation de réussite, même si cela ne satisfait pas la gloriole des parents… Ensuite mon père a voulu que je fasse une prépa HEC. Catastrophe ! Année épuisante, sujets inintéressants pour moi. Du coup après je me suis lancée dans la musique, mon vrai domaine. Ah, ça va mieux! La confiance en soi revient.

  9. Cela me fait très plaisir de lire cet article! Mes enfants m’ont parfois dit qu’ils avaient l’impression de perdre leur vie à aller au collège et au lycée! Quand je leur proposais l’école à la maison c’était tout de même « non, et ma vie sociale! »Je me suis dit qu’au moins là ils travaillaient les relations humaines et je ne leur ai jamais mis de pression pour les notes sachant que l’école n’est qu’une partie de la multitude d’expériences qu’offre la vie et n’est surtout pas le reflet de leur propre valeur.
    Par contre discuter avec eux sur ce qu’ils vivent dans leur journée, les injustices qu’ils ressentent, les conflits avec les copains ou les profs, ça c’est important pour prendre du recul sur les évènements. Ce ne sont même pas des conseils, c’est juste les écouter.
    Pour ma part cela m’a demandé de travailler sur mes peurs, sur le schéma familial de ce qu’est la réussite (et la mienne) et surtout faire confiance qu’ils sauront trouver leur chemin même si ce n’est pas ce qui me plaît. Car le problème est que si on ne les entend pas et si on ne leur fait pas confiance, ils perdent l’envie et l’espoir de vivre leur rêve.
    Je pense d’ailleurs que c’est à tout âge que cela se pose!
    Merci de cet article et de tant d’autres!

  10. Merci pour ce retour à l’essentiel…j’enseigne et je forme et ce discours peine à trouver écho dans une société où il y « ceux qui réussissent » : à quel prix? et « ceux qui ne sont rien »…en regard de quelles normes? Edictées par qui?
    la pression sur nos jeunes enfants : apprendre l’anglais, le violon, le judo, écrire en cursive…tout cela avant 6 ans! Même quand ils sont fatigués, le crient par le corps et l’esprit…les parents s’acharnent pour « la réussite » de leurs enfants…dans quel monde?
    Alors un grand merci pour cette respiration réflexive! A la rentrée je mets mes élèves à la méditation 5 min par jour!

    • Non seulement c’est une bonne idée mais l’astrologie devrait être enseignée à l’école.
      Ce pourrait être un cours récréatif de réflexion sur soi, QUI suis-je, QUE puis-je ?
      Des cours sous forme ludique à base de BD. Décontraction absolue pour mieux se rencontrer.
      Youpi … nous allons déverrouiller l’EN. De la joie dans les écoles et du positif, ils seraient plus nombreux à y aller sans cette envie de vomir liée au stress.

  11. Merci infiniment Tristan. Ce que vous dites me fait beaucoup réfléchir. Parfois, en tant que parents, nous croyons bien faire..Bonne Soirée☺

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